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BRUNO EST MORT
IN MEMORIAM

Hommages Rendus

 

BRUNO est mort............. le 18 juin !
18 Juin 2010

Relevé dans son dernier bouquin "MON DERNIER ROUND"

Chaque jour, quand j'entre dans mon bureau, je vois la photo accrochée au mur du sergent chef Sentenac: il est entrain de mourir dans les sables du désert, au cours des combats de Timimoun, en Algérie, en 1957. Une balle l'a fauché en pleine jeunesse.........Moi, je lui ai survécu de plus d'un demi-siècle. Le terminus néanmoins se rapproche à grandes enjambées et l'image que me renvoient les miroirs est celle d'un vieux caïman aux yeux pochés, comme j'aime à le dire........
  

 La mort ne voulut pas que tu meures en soldat,
Tant tu la méprisas tout au long de ta vie,
Elle te fera plier, tu ne choisiras pas,
En t'imposant enfin, de mourir dans ton lit
(troisième strophe du poème d'Ange Paul Costanzo dédié au général Bigeard)
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La camarde ce matin est venue te chercher,
18 juin, c'est la date que tu avais choisie,
Elle s'est donc inclinée, même si elle a gagné,
Demain, tous les paras pleureront réunis.
(strophe du commando guillaume)


 

 

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C'est avec beaucoup d'émotions que les anciens du commando Guillaume, apprennent la disparition du général Bigeard. Ce centurion, grande figure des guerres d'Indochine et d'Algérie était leur modèle.
Ils présentent leurs sincères condoléances à Madame Gaby Bigeard, aux familles et aux proches. Certains d'entre eux, seront présents demain samedi 19 juin, à Aix-en -Provence, Avenue Henri Mauriat à 11h30 pour l'inauguration (ironie du sort) du rond-point général Marcel Bigeard.
Que saint Michel accueille notre grand soldat, au paradis des Braves, où tant de parachutistes qui l'ont précédé, l'attendent.

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Extrait d'un bien bel hommage du gal Cann , lieutenant au 3em RPC en Algérie, sous les ordres du Colonel Bigeard

Les lieutenants de « Bruno »


« Bruno » était l’indicatif radio du commandant puis du colonel Bigeard en Indochine et en Algérie.  Entre nous, nous l’avons toujours appelé « Bruno », par affection.  J’eus la chance de le servir en Algérie, comme lieutenant, chef de section, au 3ième régiment de parachutiste coloniaux. ....

Intégralité de cet Hommage à découvrir ici : lieutenants_de_Bigeard.pdf

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Entretien avec le Général Piquemal,
président national de l'Union Nationale des Parachutistes

Publié dans le journal "Présent" du 13 juillet 2010

EXTRAIT..........

Pourriez-vous nous dire un petit mot sur Bigeard ?
Bigeard est une icône. Un géant. Sa vie aura été un magnifique combat. Guerrier prestigieux,
il avait 23 ans de guerre sur tous les continents, 25 citations, 5 blessures. Héros, grand patriote
il aimait passionnément la France, il était la plus grande figure du monde parachutiste. Je l’ai
connu en tant que lieutenant. Il aurait pu vous amener n’importe où, avec lui ses paras se
sentaient invulnérables. Il fascinait par son charisme. On ne pouvait que le suivre. Ce fut le
plus grand soldat de la France du vingtième siècle, un homme politique reconnu et un écrivain
de talent. Il a écrit seize livres dans lesquels il a transmis ses valeurs et des idées fortes.
C’était un homme du peuple parti de rien et il est devenu le plus grand soldat de sa génération.
Bigeard était un précurseur dans la communication; son leitmotiv était « bien faire et faire
savoir ». Il avait un sixième sens et la baraka.
Aujourd’hui y a-t-il un homme de sa trempe ?
Pour moi il n’y a pas d’équivalent. Il y a des hommes brillants, de grand soldats mais aucun
n’a l’aura ni le prestige car Bigeard était adulé dans tous les pays du monde. Nous gardons de
lui l’image puissante d’un homme éclatant dans un monde sombre et d’un roc de certitudes au
milieu de la tempête. Il avait le panache et le brio des grands et la fierté des seigneurs de la
guerre. « Les vieux soldats ne meurent jamais, ils s’effacent lentement » disait Mac Arthur.
Bigeard est devenu une légende, il ne disparaitra jamais.
Il a rejoint le Panthéon des parachutistes et se trouve aujourd’hui à la droite de Saint Michel.


Propos recueillis par Catherine Robinson

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DÉLÉGATION Á L’INFORMATION ET Á LA COMMUNICATION DE LA DÉFENSE
COMMUNIQUÉ DE PRESSE 
Paris, le vendredi 18 juin 2010
Décès du général Marcel Bigeard
Communiqué d'Hervé Morin, ministre de la Défense

Le 18 juin 2010, jour anniversaire de l'Appel du général de Gaulle, le général de corps d'armée Marcel Bigeard vient, à l'âge de 94 ans, de quitter, debout, le ring sur lequel il disait, avec un sourire un peu narquois, livrer son dernier round.
L'indicatif « Bruno » vient de quitter le réseau radio pour rejoindre, la cohorte de ses chers compagnons d'armes tombés à ses côtés au champ d'honneur. Parlant de la mort du
sergent-chef Sentenac qui l'a précédé sur cette piste sans fin un jour de novembre 1957, le général Bigeard écrivait « Ce qu'il cherchait de l'autre côté de la crête, c'était cette chose impossible qui le hantait depuis si longtemps et qui ne se trouve que dans le sacrifice et la mort. Seule, elle permet de se confondre avec ce qu'il y a de plus grand, de plus inaccessible. » Bigeard, car ce nom à lui seul vaut tous les titres de gloire et tous les grades, sait maintenant ce qu'il y a de l'autre côté de la crête. Il est parti avec dans les yeux les plus beaux tableaux qu'il disait pouvoir imaginer : « une descente en pirogue de la rivière Noire au petit matin dans un paysage dont personne n'a idée. Un coucher de soleil sur les sables de Timimoun. Une nuit d'enfer à Dien-Bien-Phu, zébrée d'éclats de feu... »
Bien plus qu'un chef, le général Bigeard, est un meneur d'hommes. Celui vers qui les regards se tournent naturellement dans les moments les plus difficiles ; celui qui cultive le goût de l'exigence et de la « belle gueule », celui qui enseigne que pour « être et durer » il faut être souple comme le cuir et trempé comme l'acier. Il y a un style Bigeard pour les « para-colo », comme il y a un style Lassale pour les hussards ou Surcouf pour les marins. Ce style, cet esprit, il les résumait par ces mots : « L'astuce et la fougue, l'audace et la furia francese, l'intelligence du combat, le sens du terrain, le flair du danger, le goût de la manœuvre, la souplesse de l'approche, tout cela qui rend le parachutiste français le plus para des aéroportés. »
Blessé cinq fois, titulaire de 24 citations individuelles, le général Bigeard est le type même du combattant perpétuel. Du stalag 12A, dont il s'évade après trois tentatives infructueuses,
au maquis de l'Ariège ; des cuvettes de Ban Som et de Dien-Bien-Phu en Indochine aux djebels algériens ; de Madagascar au Sénégal, il n'avait de cesse de conduire ses « lézards verts » pour quelques parcelles de gloire.
Le 30 janvier 1975, le général Bigeard passe, dit-il de la « Brousse à la Jungle » en acceptant de s'engager en politique et d'occuper les fonctions de secrétaire d'Etat à la Défense. Rien ne peut le départir de ce style para qu'il cultive avec un soin attentif. A l'huissier qui lui demandait s'il devait l'appeler « Mon général » ou « Monsieur le ministre », il répond avec son légendaire franc-parler : « J'ai mis 30 ans pour être général, une demi-heure pour être ministre, alors appelez-moi Mon général ». Quel que soit le théâtre d'opération, et le monde politique en est un pour le baroudeur qu'il est, il n'a qu'une passion : servir son pays. Inlassablement, il parcourt les champs de manœuvre et les popotes avec l'enthousiasme dont il aime lire le reflet dans les yeux de ses « p'tits gars ». Sous l'autorité de son ministre,
Yvon Bourges, il se lance dans le vaste chantier de la modernisation de nos armées et de ses équipements et se bat avec une profonde conviction pour le développement de l'esprit de défense.
Mais l'indépendance qu'il chérit par-dessus tout et le goût de l'aventure qui le tenaille, le poussent à reprendre sa liberté. Non pas pour se retirer dans une retraite oisive, mais pour mettre son énergie au service de ses idées. Elu député UDF de Meurthe-et-Moselle en 1978, il va pendant dix ans continuer le combat pour la défense de la France, en assumant en particulier la présidence de la commission de la défense de l'Assemblée nationale.
Bigeard sait que la transmission c'est la prolongation de l'action mais par d'autres moyens. Pestant contre les effets de l'âge, il se penche alors vers ses soixante années d'engagement. Non pas seulement pour commémorer le souvenir des années passées et celui de ses camarades disparus, mais surtout pour éclairer l'avenir qu'il analyse avec exigence et intransigeance.France, réveille-toi !, Lettres d'Indochine, Le siècle des héros, Crier ma vérité... pas moins de 16 ouvrages de souvenirs et de réflexions et autant de passions et de coups de gueule.
« Avec ce Dernier Round, je veux transmettre, encore transmettre, avant le grand départ. Mais j'ai le sentiment que je n'aurai pas le temps de dire, tout ce que je voudrais dire... », écriviez-vous en conclusion de votre dernier ouvrage. Mon général, sachez que l'amour passionné et jaloux de votre chère France, que vous laissez en héritage, sera précieusement transmis.
A son épouse Gaby et à sa fille Marie-France, j'adresse en mon nom et celui de toute la communauté de défense, mes plus chaleureuses et sincères condoléances et je m'incline avec respect devant la mémoire de tous ceux qui aux côtés du général Marcel Bigeard sont tombés pour une certaine idée de la France.

 
Allocution de Monsieur Hervé MORIN
Ministre de la Défense
A l’occasion des obsèques du général Marcel BIGEARD
Toul – 21 juin 2010

 
Chère Gaby,
Chère Marie-France,
 
Permettez-moi de vous appeler par vos prénoms, avec la même affection que vous témoignent aujourd’hui les anciens « gars » de Bigeard. Car le lien très fort, l’immense complicité qui vous unit à votre mari tant aimé, à votre père tant chéri, est indissociable de la légende du général BIGEARD.
 
Sans vous, chère Gaby, qui l’auriez suivi et qui l’avez suivi jusqu’au bout du monde, il n’y aurait probablement pas eu de « Bruno ». Tous les militaires le savent : il n’y a pas de grand soldat sans une « boussole ». Tous savent ce qu’ils doivent à la tendresse d’une mère, à l’amour d’une femme, à l’attachement d’une fille. C’est vers l’être aimé que se tournent les pensées lorsque le poids de la musette se fait trop lourd, lorsque la marche devient mécanique, lorsque parfois le doute s’installe dans la fureur des combats et que l’épuisement gagne les muscles endoloris. Ils savent que dans la chaleur du foyer familial, des pensées et des prières les accompagnent.
 
Vous me disiez vendredi dernier, alors que je me recueillais devant votre mari, si serein, si apaisé : « quel vide ! », « quel vide ! ». Ce sentiment, à Toul, nous le partageons tous cet après-midi.
 
Mais aujourd’hui, sur cette terre de Lorraine où vous vous étiez connus enfants, sur cette terre qu’il portait en lui, ici, au milieu de ses proches et de ses compagnons, le souvenir de son regard lumineux, de son rire clair et de son enthousiasme communicatif emplit ce vide d’une présence que rien – rien - ne saurait effacer.
 
Mon général,
 
Vendredi dernier – c’était un 18 juin -, vous avez effectué votre dernier saut. Etait-ce une ultime volonté de vous confondre avec l’histoire ? Etait-ce le dernier clin d’œil d’un éternel rebelle ? Le 18 juin, alors que nous commémorions le 70e anniversaire de l’Appel du général de GAULLE à Londres, cet autre grand rebelle qui a redonné à la France son honneur, vous avez rejoint vos « camarades parachutistes », « solitaires parachutistes », « orgueilleux parachutistes » tombés sur les hauteurs de Tu Lê, au milieu des collines de Dien Bien Phu ou dans les sables de Timimoun.
 
Comment à cet instant ne pas évoquer la mémoire du brigadier chef COCOL, parachutiste comme vous, mort pour la France ce même 18 juin dans les montagnes afghanes, si loin de sa Guadeloupe natale ? Je serai demain à Kaboul et je sais que vous serez à mes côtés au moment où je lui rendrai hommage.
 
J’ai encore en mémoire notre longue conversation, chez vous, à Toul, dans votre bureau aux murs couverts de livres. C’était en marge d’une visite au 516e régiment du train.
 
Je me souviens de votre amour pour la France, pour votre France. Cette France en laquelle vous « croyiez » tant et pour laquelle vous étiez prêt à « oser » tous les coups, les coups de main comme les coups de gueule. Ce pays que vous aviez défendu, vous, l’employé de banque, en rejoignant les Forces françaises combattantes et que vous n’avez cessé d’apostropher, criant votre vérité avec intransigeance pour l’appeler au sursaut.
 
Je me souviens de votre confiance en la jeunesse, en son élan, son enthousiasme et sa vigueur.
 
Ces qualités qui font la force de nos armées, vous les aviez éprouvées sur le terrain, avec vos compagnons, ces FLAMEN, ces SENTENAC et ces VALETTE qui vous avaient suivi des cuvettes indochinoises aux djebels algériens.
 
Ces qualités, vous saviez qu’il faut les cultiver, les entretenir, les transmettre. Vous étiez de ces hommes qui jusqu’à la fin de leurs jours, conservent toujours brûlant le feu sacré dans leur cœur et continuent à avancer sur cette piste sans fin. Même au soir de votre vie, même quand la charge des ans s’est faite pesante sur vos épaules, à travers les dizaines, les centaines de lettres auxquelles vous répondiez chaque semaine, vous avez continué à faire courir ce feu d’une génération à l’autre, comme un flambeau qui passe de main en main et que le vent de la course attise encore. Vous saviez que si la jeunesse de France a des défauts, elle est invincible tant que cette course ne se ralentit pas.
 
Mon général, vous vous êtes éteint, mais la flamme reste vive. La flamme d’un homme droit, libre et vrai. La flamme d’un homme déterminé, simple volontaire de deuxième classe qui, à force de ténacité et de travail, franchit un à un les échelons de la hiérarchie militaire pour s’élever jusqu’au grade de général de corps d’armée. Vous n’aviez pas fait de longues études. Vous n’aviez pas fait Saint-Cyr. Votre plus beau diplôme, votre plus beau titre de gloire, c’était la reconnaissance de nos soldats. C’était la reconnaissance de la France.
 
Je me souviens de votre panache :
 
Il n’est pour s’en convaincre que d’écouter ce portrait que dresse de vous l’écrivain Erwan BERGOT. Nous sommes à Dien Bien Phu, au cœur de l’enfer. « Un seul homme, dit-il, parmi les jeunes chefs de bataillon para est capable de tout risquer ; Marcel BIGEARD, 34 ans, ancien adjudant des corps francs. Un ascète qui a le culte de l’effort physique. Un chef de bande, aussi, qui peut tout demander à ses hommes parce qu’il est prêt à tout leur donner ».
 
Oui, mon général, pour tous ceux qui ont servi à vos côtés, il suffisait de dire « j’étais avec BIGEARD » pour qu’on leur réponde : « voilà un brave ».
 
Oui, mon général, vous symbolisiez l’armée française, son professionnalisme, son exigence pour la mission, mais aussi son esprit de solidarité et de fraternité, et son immense générosité, celle qui se cache, enfouie comme un trésor, sous la rigueur apparente du militaire.
 
Mais de notre échange dans la villa,j’avais aussi retenu comme marque d’encouragement cette belle phrase : pour « être et durer », il faut être « souple comme le cuir et trempé comme l’acier ». Une phrase qui s’applique tant au soldat qu’à l’homme politique.
 
Car si nos compatriotes vous aimaient tant, si vous étiez si populaire dans le moindre village de France, ce n’est pas seulement parce que vous étiez un rebelle. Ce n’est pas seulement parce que vous incarniez l’esprit français, cet esprit libre, rétif et indomptable, cette volonté tenace de forcer le destin. Ce n’est pas seulement à cause de votre nom, que vous utilisiez souvent en parlant de vous à la troisième personne et qui sonnait tellement la France.
 
C’est aussi parce que « de la brousse à la jungle », sur ce nouveau théâtre d’opérations que fut pour vous le monde politique, vous avez toujours porté un même message : l’ambition pour son pays, mais aussi ce qui manque si souvent, la reconnaissance des autres.
 
Dans la brousse, vous vous étiez imposé comme un pionnier. A la tête de vos parachutistes, vous aviez porté à la perfection l’art de conjuguer la performance du matériel et la mobilité des hommes.
 
Vos convictions, vous les avez mises au service des armées françaises, à l’appel du Président GISCARD d’ESTAING. Dans un monde en perpétuel mouvement, en proie à des influences de plus en plus complexes, dans une société bouleversée par l’après 1968, le Président GISCARD d’ESTAING avait reconnu en vous l’homme de la situation pour porter avec Yvon BOURGES la priorité qu’il avait donnée à la Défense sous son septennat. Il avait reconnu en vous l’homme capable de porter le message d’une modernisation de nos armées sans précédent sous la Ve République. Surtout, il avait reconnu en vous l’homme capable de porter le message de la reconnaissance des femmes et des hommes qui les composent, à un moment où la communauté militaire s’interrogeait. Cette mission, vous l’avez poursuivie inlassablement, au Secrétariat d’Etat à la défense, et ensuite en tant que président de la commission de la défense de l’Assemblé nationale.
 
Mon général,
 
Vous qui êtes maintenant « de l’autre côté de la crête », plus qu’un mythe, plus qu’une légende, c’est un enseignement que vous laissez. C’est l’exemplarité du chef que vous léguez en héritage à tous les jeunes soldats, sous-officiers et officiers de France. Cet héritage que Michel MENU résume par ces stances :
 
Si tu ralentis, ils s’arrêtent.
Si tu faiblis, ils flanchent.
Si tu t’assieds, ils se couchent.
Si tu doutes, ils désespèrent.
Si tu critiques, ils démolissent.
Si tu marches devant, ils te dépasseront.
Si tu donnes la main, ils donneront leur peau.
Si tu pries, alors ils seront des saints.
 
Demain matin, sur cette terre rude d’Afghanistan, je rappellerai votre message à nos soldats, qui savent comme vous que l’exigence ne se discute pas, que nos valeurs se portent au plus loin de notre terre de France.
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Texte de l'intervention de VGE lors des Obsèques de notre ancien '' BRUNO ''

Madame Marcel Bigeard,
Monsieur le Ministre,
Madame le Secrétaire d’État,
Madame le Maire,
Monsieur le Président du Conseil Général,
Mesdames et Messieurs les Parlementaires,
Et mesdames et messieurs les élus,
Chères Touloises et chers Toulois,

Ce n’est pas ma place de prendre la parole dans une Église, ce rôle vous revient Monseigneur et à vous mon Père qui avez la charge d’assurer la survie spirituelle du Général Marcel Bigeard.
Si je fais une exception à cette règle, mesdames et messieurs les proches, les amis et les camarades de Marcel Bigeard c’est que je voudrais partager avec vous trois souvenirs qui me lient à lui.

Le premier c’est le moment où je lui ai conféré dans la cour des Invalides les insignes de notre plus haute distinction nationale. Je lui ai remis le grand cordon de la Légion d’Honneur et au moment de lui donner, comme c’est la règle, l’accolade j’ai eu la perception aigue que je décorai le dernier soldat emblématique de notre histoire militaire et ce sentiment m’a saisi,  comprenez moi bien, il existe Mr le Ministre et il existera toujours des militaires courageux en France. Il suffit de se souvenir de Kolwezi et de penser à nos soldats qui mènent une guerre ingrate et courageuse en Afghanistan. Mais l’histoire militaire n’offrira sans doute plus à un même homme l’occasion de déployer son courage pendant vingt trois années continues sur les terrains de combats de France, d’Asie et d’Afrique. De même que la victoire de 1918 restera la dernière victoire de la France dans un conflit mondial où elle exerçait le commandement des armées alliées, de même le courage et le dévouement personnel et passionnel de Marcel Bigeard à toutes les causes de la France feront sans doute de lui la dernière figure emblématique du soldat dans notre histoire militaire.

Le deuxième souvenir concerne Dien Bien Phu ; Marcel Bigeard a sauté deux fois sur le camp de Dien Bien Phu. La première fois pour la mise en place de nos forces et la préparation du combat et la deuxième fois c’était lorsque le siège avait déjà commencé et que l’on essayait d’envoyer des renforts à nos soldats qui étaient placés dans une situation déjà désespérée. J’étais présent à l’Assemblée Nationale comme jeune collaborateur du ministre des finances, lorsque le président du conseil de l’époque est venu, par surprise, annoncer la chute du camp de Dien Bien Phu ; tous les députés se sont levés et ont gardé le silence, soudés par la même émotion. J’ai pensé à l’épreuve qu’ils avaient traversée, tous ceux qui avaient sauté en dernier et qui allaient connaître la captivité, les mauvais traitements et les humiliations. C’est pourquoi j’ai compris le souhait de Marcel Bigeard de voir ses cendres dispersées au dessus du camp de Dien Bien Phu. Il voulait rejoindre les cendres de ses camarades et ce serait son 3ème saut sur Dien Bien Phu.

Le dernier souvenir porte sur sa mission ministérielle ; je l’ai nommé le 31 décembre 1975 comme secrétaire d’État à la Défense à l’occasion de mon premier remaniement gouvernemental. Ce remaniement avait pour objet, comme tous les suivants, d’améliorer l’efficacité du gouvernement. Or notre Armée connaissait un malaise grave. Les incidents éclataient au départ des permissionnaires à la gare de l’Est, on parlait de l’instauration de comités de soldats. J’ai fais venir Bigeard à l’Élysée, je lui ai parlé seul à seul en lui indiquant que sa mission serait de rétablir le moral et la discipline de l’Armée. Il m’a répondu : « Vous êtes comme Président de la République, le chef des armées, je n’ai pas à discuter, je suis prêt à assumer la mission que vous voulez me confier ». Il est revenu me voir le 4 aout 1976, 18 mois plus tard pour me dire : « J’ai accompli ma mission, je vous demande de me laisser partir ». Il avait effectivement accompli sa tâche. La discipline avait été rétablie, la condition militaire avait été revalorisée et tous les gradés de notre armée avaient repris confiance dans leur rôle car Bigeard n’était pas seulement un combattant mais aussi un organisateur et un entraineur d’homme.

J’ai entendu Madame sa voix pour la dernière fois au téléphone, il y a 17 jours. Il était à l’hôpital et il espérait rentrer chez lui. Je lui ai dit que je viendrais lui rendre visite à Toul. Je ne pensais pas venir si vite.
Je me souviens d’un dicton : « Les vieux soldats ne meurent jamais, ils s’effacent seulement à l’horizon ». Le Général Bigeard était un grand soldat ; désormais c’est derrière l’horizon que nous le retrouverons.

Je vous remercie.

Cathédrale de Toul, le 21 juin 2010.

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« Il fut un précurseur »
Il était un authentique chef de guerre, faisant montre d’un grand sang-froid et d’une aisance exceptionnelle au combat. Cette assurance était reconnue par ses pairs, mais surtout par ses
subordonnés qui avaient une confiance absolue dans ses capacités à bien les commander. Ils le suivaient parce que c’était Bigeard, lui vouant une admiration et une fidélité sans faille. Chef de corps exceptionnel, il avait le don d’amener les hommes qu’il commandait au-delà de leurs propres limites.
Le Général Bigeard avait très vite compris le caractère spécifique des conflits modernes, à une époque où il était de bon ton d’ironiser sur les officiers français qui pratiquaient la guerre révolutionnaire. Il fut l’un de ces précurseurs dont les américains s’inspirent aujourd’hui en Afghanistan et ailleurs.
Après l’Algérie, où plusieurs unités furent au bord de la révolte, l’armée française connut un passage à vide très difficile. Le président Giscard d’Estaing avait chargé Bigeard de lui redonner confiance et il l’a fait de façon remarquable. Il est l’un de ceux à qui l’on doit le retour d’une bonne perception de l’armée dans le pays. Les hommes qui ont aujourd’hui la lourde charge de transformer les crises en réformes positives pourraient s’inspirer de lui avec profit.
HELIE DE SAINT MARC

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ERWAN BERGOT
(Son biographe)†
« Prêt à tout donner »
Un seul homme parmi les jeunes chefs de bataillon para (à Diên Biên Phu) est capable de tout risquer, Marcel
Bigeard, 38 ans, ancien adjudant des corps francs. Un ascète qui a le culte de l’effort physique. Un chef de bande, aussi, qui peut tout demander à ses hommes parce qu’il est prêt à tout leur donner.

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 Le général Marcel Bigeard est décédé ce 18 juin 2010, à l’âge de 94 ans. Soldat pendant près de quarante ans, de sous-officier à général de corps d’armée, chef de guerre, secrétaire d’Etat à la Défense de Giscard, député UDF de Meurthe-et- Moselle (1978-1988), trois " combats " dans la " jungle " (politique), il incarna le guerrier amoureux
de panache, décrit par Jean Lartéguy dans Les Centurions sous les traits du colonel Raspéguy. Meneur d’hommes et homme de cœur, " Bruno "
laisse le souvenir d’un extraordinaire soldat, servi par son flair et par cette chance dont Napoléon disait que, sans elle, il ne pouvait exister de bon chef de guerre.
 


 Avec cela, une " gueule " et même une " grande gueule " –reprenant à son compte la devise " bien faire et faire savoir " qui fut celle de de Lattre sous le commandement de qui il servit en Indochine.
En 1994, quarante ans après la bataille, il retourna à Diên Biên Phu, une occasion, pour l’ancien para qui se vantait d’avoir toujours combattu sans haine, de retrouver ses adversaires d’autrefois. Et aussi de renouveler son souhait d’y voir ses cendres répandues, après sa mort.
En octobre dernier, devenu, selon ses propres mots, un " con glorieux ", il publia son dernier livre et confia alors à notre journal : " L’amour de la France me fera vibrer jusqu’à mon dernier souffle. "
Le général Bigeard est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages. Il a notamment publié ses souvenirs de combattant sous le titre " Pour une parcelle de gloire " (1975), puis une autobiographie, " De la brousse à la jungle ", édité en 1994 par Hachette-Carrère et réédité en 2002 par les Editions du Rocher. Son dernier livre " Mon dernier round ", a paru en 2009, aux éditions du Rocher (274 pages, 19€). Une biographie : " Bigeard ", par Erwan Bergot.
Valeurs Actuelles lui rendra un hommage exceptionnel dans son numéro du 24 juin
Frédéric Pons le vendredi, 18/06/2010 dans VALEURS ACTUELLES

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Du camp retranché de Dien Bien Phu au Constantinois, Bigeard applique la même méthode : il observe vite la situation tactique et puise dans le réservoir de forces, quelques officiers et sous-officiers aguerris et dignes de confiance. En fait des « fondus » comme lui, qui sont prêts à tout donner et ont mal vécu l’humiliante défaite de 1940. C’est en Indochine, dans les décombres des dernières guerres coloniales françaises, que Bigeard à peine nommé lieutenant-colonel devient un personnage. « Je commande devant mes hommes, pas derrière » disait-il souvent, pour illustrer la réorganisation des points d’appuis Éliane I et II, deux collines dont les effectifs français fondent comme du sucre dans une rizière. Bigeard rassemble alors ce qui reste de héros inconnus et réorganise la résistance en unités d’intervention. Souples, mobiles, cellules mères des futurs commandos de chasse en Algérie. Mais le 8 mai 54, à bout de souffle, l’élément français craque. Bigeard écope avec une poignée de rescapés de 120 jours de rééducation au sinistre camp N° 1 du Vietminh. Ceux qui n’en reviendront pas, auront hanté sa mémoire jusqu’au dernier souffle.

Pascal SALCIARINI  - Est Républicain